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Saturday, February 14, 2026

Critiques cinéphiliques 2025

Critiques cinéphiliques 2025

Cool World (Bakshi, 1992). De bonnes idées, mais un mauvais film. Un projet qui a complètement échappé au réalisateur Ralph Bakshi pendant la production, résultant en un fouillis irrécupérable, malgré ses bons coups – certains personnages parviennent somme toute à être touchants… par moment. Gabriel Byrne se demande ce qu’il fait là, Kim Basinger se débrouille comme elle peut, Brad Pitt est excellent.

Doctor Sleep (Flanagan, 2019). Oser adapter la suite de The Shining au cinéma est casse-gueule tant le film de Kubrick est singulier – évidemment, c’est Kubrick. Mike Flanagan adapte le livre mais choisit de tenir compte du film, ce qui est un bon choix. Il se permet également de « réparer » la finale du livre original que Kubrick avait choisi d’ignorer, sans doute pour des raisons discursives – typique du cinéaste, et le résultat lui donna évidemment raison. Doctor Sleep est réussi de la même manière que le film 2010 de Peter Hyams réussit en tant que suite à l’autre monument kubrickien. La distribution est géniale, mais Rebecca Ferguson sort du lot dans ce film fort réussi.

Dragonslayer (Robbins, 1981). Une entrée mineure dans la production de fantasy hollywoodienne des années 80 qui, malgré tout le charme de la distribution et le visuel plutôt abouti, souffre d’un scénario maladroit et amateur. Caitlin Clarke est sublime, la musique d’Alex North se refuse résolument de tomber dans la pompe usuelle de la musique de film hollywoodienne.

Early Spring (Ozu, 1956). Une histoire d’adultère dans le milieu des travailleurs de bureau du Japon d’après-guerre, qui en fait ressortir leur désillusionnement profond et les limites de leurs aspirations. Évite les pièges de ce genre de récit, en particulier les envolées mélodramatiques – à peu près absentes –, en se concentrant plutôt sur l’impact social, tout en montrant les limites du rêve propre au « salaryman ». Les personnages principaux, prisonniers de leurs rôles socio-sexuels, gardent admirablement leur dignité, malgré tout le pathos de leur situation.

Event Horizon (Anderson, 1997). Désire poursuivre le projet qu’était Alien, qui semble destiné à être unique en son rang en tant que film d’horreur spatial. Pourtant, malgré l’idée convenue (de tous les studios, Disney avait déjà visité le thème d’un trou noir menant à l’enfer vingt ans plus tôt…) de trouver l’enfer dans l’espace – ne se trouve-t-il pas à tous les coins de rue, à en croire nos chers voisins? – le film met en place un équipage intéressant, efficacement campé par la distribution, et des décors par moments plus outranciers que ceux de Giger – une approche aussi juvénile que celle de refuser au vilain savant une raison crédible de tomber sous le charme du mal. Au final, les scènes horrifiques manquent d’horreur, comme si on avait cherché à choquer le moins possible le MPAA, ce qui revient à enlever au film son essence. Une occasion manquée, sans être un désastre.

Hundreds of Beavers (Cheslik, 2022). Une comédie burlesque au kitsch assumé et à l’absurde hyperbolique mais finement travaillé. Dans les débuts des colonies anglaises en Amérique, un fabriquant d’Applejack désœuvré doit amasser des centaines de peaux de castor pour gagner la main de la fille d’un marchant dont il s’est épris. Les castors – ainsi que tous les animaux du film – sont interprétés par des acteurs dans des costumes de mascottes. Hilarant.

La femme de l’hôtel (Pool, 1984). Un regard sur le cinéma, sa production mais également la recherche derrière son écriture et sa réalisation. Impressionnant travail sur l’espace, qui alterne entre fictionnel, onirique, et divers degrés de mises en abîme. Le thème centrale en est une forme d’introjection au plus profond de l’identité féminine, que Paule Baillargeon, majestueuse, Louise Marleau, magistrale, incarnent avec une sincérité et une conviction désarmantes.

La vérité (Clouzot, 1960). Étude d'une relation amoureuse hautement toxique destinée à la tragédie. Mise en scène particulièrement efficace, le film ne guide aucunement le jugement du spectateur quant aux sujets de la relation (il préfère dénoncer la froideur du système de justice). Brigitte Bardot puissante. Une autre entrée remarquable dans la filmographie du réalisateur.

Les visiteurs du soir (Carné, 1942). Une entrée plutôt mineure pour le réalisateur. Le rythme est beaucoup trop lent et malgré un intéressant départ, le tout finit par s’essouffler. Alain Cuny peine à garder la conviction de personnage, surtout en comparaison avec Arletty, toujours mystérieuse. L’arrivée du Diable souffle sur les braises et redonne espoir, mais malgré toute la bonne volonté de Jules Berry, son personnage finit par se perdre dans ses laïus, tout comme Marie Déa, d’ailleurs. La répétition et la surenchère dans les dialogues s’avère parfois judicieuse, mais ici, même la plume de Prévert ne parvient à soutenir la cadence.

Look Back (Oshiyama, 2024). Adaptation animée du manga de Tatsuki Fujimoto. Après une mise en situation « slice of life » charmante, le film adopte une rupture de ton pour le moins dramatique qui enchaîne certains dispositifs narratifs (incluant une séquence potentiellement fantastique) utilisés de manière quelque peu maladroite, ce qui amenuise le propos, a mon sens. J’ai tout de même bien hâte de lire le manga. Pas mal, au fond. A réévaluer ultérieurement.

My Science Project (Betuel, 1985). Les années 80 ont vu l’essor d’un genre qu’on pourrait nommer, sans trop se tromper, « Screwball Teen Fantasy ». My Science Project en est une entrée mineure, sortie la même année que le summum du même genre, Back to the Future. On s’entend, My Science Project est un mauvais film, bourré de clichés plus malaisant que sympathique, que l’on pourrait presque mettre dans la catégorie so bad it’s good. Ça s’améliore vers la fin, mais il faut être généreux.

Pale Flower (Shinoda, 1964). Un film de yakuza tout en retenu, qui délaisse romantisme et violence (les deux approches « classiques » du genre) pour se concentrer sur le cynisme et le nihilisme du milieu. Une approche bien singulière du film noir exécutée avec élégance. Bon.

Patlabor 2 (Oshii, 1993). Pas loin d’un chef-d’œuvre, ce film est une leçon d’appropriation d’un concept juvénile – le genre Mecha, les robots géants qui bastonnent – pour en faire un film résolument d’auteur. Le propos est ambitieux : le prix de la paix d’après-guerre offerte par l’Occident au 20e siècle. La perspective est japonaise, mais son traitement reste universel. Ce n’est pas pour tout le monde : typique d’Oshii, le film est lent, contemplatif, basé sur de longues tirades, et les robots géants ne s’activent qu’aux dernières vingt minutes. Mais le résultat est grandiose, et encore très pertinent.

Perceval le Gallois (Rohmer,1978). Avertissement : ce film n'est vraiment pour tout le monde. Ceci dit, en tant qu'enthousiaste de théâtre filme, j'ai particulièrement apprécié cette adaptation audacieuse, et très hermétique, du roman inachevé de Chrétien de Troyes. Musique médiévale jouée devant nous par un chœur qui nous accompagne en studio à travers des décors ultra-stylisés pour évoquer l’art médiéval, narration effectuée par les personnages mêmes entre leurs propres répliques, ce film est l'antithèse du cinéma grand public, aux prétentions et a l'hermétisme assumés.

Real Genius (Coolidge, 1985). Une autre Screwball Teen Fantasy de 1985, très réussie, qui se regarde comme du bonbon. Une distribution d’ensemble toujours brillamment utilisé, un scénario conforme mais efficace, une dose de la magie de l’époque : au final, ça fonctionne!

The Warriors (Hill, 1979). Basé sur le roman de Sol Yurick qui transpose l’Anabasis dans le New York des gangs de rue, ce film a tout pour être culte : la surenchère contextuelle – le nombre total des gangsters est immense –, le surjeu souvent savoureux de la distribution – la scène culte où David Patrick Kelly chantonne, les doigts dans des bouteilles –, la DJ à la voix sensuelle qui agit en petits interludes entre les divers épisodes qui forme le récit, et bien sûr, le look qui tire sur le série B, mais sans excès de ringardise. Charmant.


Triplé James Gunn:

Les films de superhéros me laissent généralement froids, mais force est d’admettre que James Gunn connais son affaire. Son maniérisme est ostentatoire, j’en conviens, mais il s’appuie sur des bases scénaristiques solides et une technique qui, malgré les grands envols visuels clinquant, sert, au final, la performance des acteurs. Bref, c’est du bonbon hollywoodien fort bien usiné que je trouve franchement sympathique :

The Suicide Squad (Gunn, 2021). Peut-être le plus réussi des trois. L’extrême violence – on se rappelle que Gunn vient du milieu de l’horreur – côtoie des propositions fort loufoques, des personnages absurdes propre au comic book américain, mais l’ensemble fonctionne parfaitement, à l’honneur du cinéaste.

Guardians of the Galaxy Vol. 3 (Gunn, 2023). Le premier de la série avait été pour moi une agréable surprise dans ce genre qui m’intéresse moins. Je m’étais refusé les deux suites sous prétexte qu’on ne parviendrait jamais à accoter l’original. Pourtant, si ce troisième volet peine à partir, une fois qu’on y est, on est emporté. Le travail du personnage est encore à la l’œuvre, tant au niveau du design que de l’interprétation.

Superman (Gunn, 2025). La réinvention du Superman, après avoir été massacré par Zack Snyder (je n’ai subis que l’horrible Man of Steel, ce fut suffisant), c’est un retour à la couleur et à l’essence du personnage : sa naïveté et son enthousiasme inébranlable. Dès son arrivé au cinéma « moderne », en 1978, Superman avait été confronté avec la complexité du monde à l’ère de l’information, où sa naïveté devenait à la fois un baume, et la source de quelques gags fort sympathiques. Si Gunn s’éparpille souvent au fil du récit, le résultat demeure bon. Ses réflexes stylistiques sont toujours pertinents, ses personnages sont toujours intéressants (Mister Terrific est génial, et que dire du chien Krypto!!?), bref, avec un peu de duct tape et un soupçon d’audace, le film tient la route.

Wake Up Dead Man (Johnson, 2025). Retour en force pour Rian Johnson, après un second volet des aventures de Benoit Blanc moins intriguant – trop cabotin, mais non moins intéressant. On retrouve ce en quoi Johnson excelle : des rebondissements parfois tirés par les cheveux, mais sans sombrer dans l’outrance, personnages sympathiques, tordus juste à point, des atmosphères presque gothiques, des revirements amusants, la caméra agile. Excellent.